Et si le silence pouvait parler ?
20.05.2026 | THÈME MAI : SILENCE ?
Chaque année, mai me surprend. Ses jours fériés, ses ponts, ses dictons ont tout l'air d'une récréation collective — mais entre la météo capricieuse, le même travail à fournir en moins de temps et ces mini-vacances à organiser de fait, la respiration promise s'essouffle vite. Ni vraiment au repos, ni vraiment en rythme, on se retrouve à observer, un peu désorientés, ce que ça fait de manquer un cours, de rater son rendez-vous avec soi, de peiner à trouver le répit malgré les occasions rêvées. La bonne nouvelle, c'est que ces interstices restent là, disponibles — il suffit parfois de les habiter autrement.
C'est ce que je vous propose d'explorer ensemble ce mois-ci : s'offrir un peu de silence en bonne compagnie.
- REVENIR SOUS LE BRUIT DU MONDE -
Pas le silence absolu, celui-là n'existe pas.
Sous les oiseaux d'une balade en forêt, avec le bourdonnements d'insectes d'une sieste champêtre, dans le souffle d'une posture tenue, dans le divin craquèlement d'un étirement, dans une marche à la juste cadence, il reste toujours du vivant, du mouvement, une rumeur paisible qui a pourtant la qualité du silence : un peu de transparence.
Comme un arrière-plan peuplé et tranquille qu'on pourrait paisiblement contempler sans s'alarmer, observer sans se faire happer par un relief ou une distraction criarde. Comme une toile de fond qui soutient notre attention plutôt que de nous la soustraire. En musique, ce serait le socle fondateur duquel la mélodie se détache et auquel elle revient... Bref, vous avez l'image. Avez-vous le ressenti ? Où retrouvez-vous cette atmosphère dans votre vie ? Un de ces paysages intérieurs auxquels on revient comme à la maison : une posture, un lieu, une compagnie, une chambre d'écho, une retraite qu'on s'est promis depuis longtemps.
Que diriez-vous de recréer ensemble, en nous,
ces quelques moments de contemplation,
ces espaces habités qui nous accueillent
juste sous le bruit du monde ?
- ÉCOUTER, DISCERNER, ORCHESTRER -
Ce retour permet quelque chose de précieux : distinguer. Parmi tout ce qui nous attrape, nous détourne, nous propulse ou nous bouscule — discerner ce qui mérite notre énergie, ce qui peut attendre, ce qui peut même disparaître. C'est une écoute active qui se muscle en silence. Vous reprenez votre baguette de chef.fe d'orchestre. Corinne Morel Darleux (que je lis avec tout l'enthousiasme des nouvelles découvertes en ce moment !) écrit que c'est "ce va-et-vient incessant entre s'extraire [du bruit du monde] et revenir, cette gymnastique des confins, qui fait le sel de l'existence et permet de tenir par grand vents." Et d'ajouter "Nous avons besoin, chacune et chacun à sa manière, de ces confins où la disgrâce du monde ne peut plus nous engloutir. De lieux où se retirer en silence, d'espaces où il est possible de rêver plus loin."
- INCARNER CE QUI COMPTE -
"Les sollicitations permanentes nous privent du temps simplement de s'écouter". Ce mois-ci, nous récupérons ce temps-là. Pour rêver donc, s'écouter, oui. Mais aussi pour se parler. C'est la troisième dimension, la plus intime peut-être. S'accorder du silence, revendiquer des suspensions d'action, de pensée, de sollicitations sensorielles — ce n'est pas rien. C'est se dire aussi des choses à soi-même, dialoguer. Je suis là. Je suis riche de la vie en moi. Je n'ai rien à ajouter pour exister. Je peux respirer, et m'émerveiller simplement de ça.