Quand tout fond, le principe tient 🌾

Les corps liquides

On a commencé le mois de juin avec un flow assez intense, tout en centre qui contient et membres qui déploient vers EPK2, en même temps. C'était notre tentative de goûter au subtil principe de mouvement condense / expand à la surface de la peau, dans les fascias, jusqu'aux muscles. Et puis, la canicule est arrivée, comme une chape de plomb qui lentement s'étale. Alors la peau qui respirait s'est mise à transpirer, et nous de glisser vers une séquence plus liquide, passive et proche du sol, vers des savasanas où l'on s'endort plus que d'habitude, par repos ou abandon… (je vous vois 👀) ! Au fond, la question est devenue : comment rester en capacité, et moins subir ?

La règle casse, le principe tient

Dans tout système, la capacité finale dépend de l'élément le plus flexible : pas le plus fort, pas le plus rapide, le plus flexible. Ce qui nous rend flexibles ? D'expérience, s'en tenir à des principes plutôt qu'à des règles. Là où la règle rigide fixe une fin et casse (par exemple se borner à un vinyasa intense et EPK2 par 38°C… try it ^^), le principe ouvre un horizon et laisse le chemin s'adapter.

Nous avons suivi le nôtre : ressentir la pulsation — se ramasser, se déployer — autrement, en respectant l'énergie disponible et celle qu'il fallait garder pour affronter les éléments. C'est lui qui a engendré la séance douce. Le rythme ralenti a laissé le temps s'étaler, et l'expérience des postures s'enrichir : ce qui se rétracte d'un côté s'expand d'un autre. Du principe au vécu.

La reliance

On aurait pu en rester là : il fait trop chaud, on subit, on attend septembre. Mais à descendre vers le sol, on s'est rapprochées d'autre chose. Des cours moins remplis où les liens se resserrent, un souffle commun plus audible, le sentiment de traverser la même chape de plomb — ensemble.

Morin a un mot pour cette qualité de lien à soi, aux autres et à son environnement quand on choisit de l'habiter plutôt que de le subir : la reliance. « "Relié" est passif, "reliant" est participant, "reliance" est activant. » Tout est là, dans ces trois nuances d'un même verbe. Le même été peut nous laisser éparses et accablées, déliées, ou reliées. Ce n'est pas la chaleur qui décide. C'est l'attention qu'on porte à ce qui nous relie encore : à soi, aux autres, à la saison telle qu'elle est.

Et il y a, dans ce ralentissement consenti, une dignité que je n'avais pas vue venir, celle du recueillement choisi dont parle Corinne Morel Darleux quand elle cherche la beauté ailleurs que dans l'accélération.

Ancré ET mobile

C'est peut-être ça que le guerrier nous apprenait ces semaines-ci : jambes ancrées dans le sol qui ne bouge pas, et tout le buste libre de tourner, de chercher l'air, de s'ajuster à ce que le corps pouvait ce jour-là. Pas figé. Pas flottant non plus. Les deux à la fois.

On croit souvent qu'il faut choisir — se ramasser ou se déployer, contenir ou exprimer. Mais la pulsation n'est pas une hésitation entre deux pôles. C'est l'attention qui les relie, vivante, qui passe de l'un à l'autre sans jamais lâcher ni l'un ni l'autre. Ancré et mobile. C'est ce qui nous garde en capacité quand le réel change et ce qui fait de nous des agentes de notre pratique plutôt que des corps qui subissent. Une agentivité agile.

Pratique minute — la pulsation
Serrez le poing, fort. Sentez la tension. Puis ouvrez la main, grand, doigts étirés.
Faites le va-et-vient, lentement, dix fois.
Avec de moins en moins de force, de moins en moins de mouvement, jusqu’à sentir la juste tension entre les deux. Une présence juste sous la peau : le possible avant le mouvement.
Ni le poing seul, ni la paume seule : c'est le passage qui est vivant.
Cherchez la mĂŞme chose dans une posture, aujourd'hui. Un point qui tient et qui respire Ă  la fois.

L'année respire

Et c'est peut-être pour ça que la suite de l'année ressemble, elle aussi, à une pulsation. Juillet se déploie : le travail reprend, les rodages de massage rouvrent, l'élan revient. Août se recueille : une pause assumée, parce qu'une année qui ne ferait qu'inspirer finirait par manquer d'air. Puis septembre redéploie, et le planning reprend son cours.

Une année conduite par principe respire ; une année tenue par la règle s'épuise. Nous choisissons de respirer.

Et si vous cherchez où poser ce souffle, il y a La Récolte, notre retraite d'automne. S'y engager, c'est oser le saut : se déployer depuis un centre enfin trouvé. Pour s'encourager, l'early bird vous attend jusqu'au 15 juillet ! → découvrir La Récolte

Ă€ voir ailleurs
Zina Zinchenko (danseuse, comédienne, chorégraphe) propose une distinction qui rejoint notre mois : d'abord Notice — remarquer ce qui est là, sans vouloir le corriger — ensuite seulement Practice. Écouter le corps avant de lui dire quoi faire. C'est peut-être la première reliance : celle qu'on tisse avec soi.

Marine Dsd

Professeure de yoga et masseuse, Paris.

https://www.a-soi.com
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Et si le silence pouvait parler ?