En roue libre
Juillet… que s'est-il passé ? Je ne l'avais pas vu venir, mais exactement comme en cours : la valse des appuis m'a fait tournoyer ! Les piliers de mon quotidien se sont subtilisés un par un. Les ami·es et les élèves sont parti·es en vacances tour à tour, le rythme hebdomadaire était en ajustement permanent, mon compagnon s'est envolé mi-juillet pour la Chine avec un peu d'avance sur moi… Il est resté un appartement plus silencieux et des journées sans bords. Un sentiment de roue libre : plus rien ne freine, et plus rien ne pousse non plus.
Je ne vais pas vous raconter un mois de retraite intérieure, I wish ! J'ai regardé beaucoup de séries. Je me suis couchée à des heures bien trop tardives. Le travail d'avance que je m'étais promis pour la rentrée — les séquences de septembre, tranquillement posées avant le départ — n'existe pas. Le tout vu tantôt avec acceptation, tantôt (souvent) avec déception et culpabilité.
Et pourtant quelque chose a tenu. J'ai bougé plus que d'habitude, pris des cours (yoga, renfo, restoratif) avec appétit, partagé des moments précieux avec des collègues et des amies. Et chaque fois que je suis arrivée devant vous pour un cours, le plaisir était intact — pas entamé d'un gramme par l'état du reste. J'ai savouré avec énormément de gratitude les nombreux messages de remerciement que j'ai reçus de votre part, après un cours ou un massage.
C'est la question qu'on travaillait sur les tapis tout le mois, sans savoir que je l'aurais aussi à la maison : qu'est-ce qui tient, quand on retire un appui ?
Je n'ai pas de réponse toute prête. Mais j'ai remarqué ceci : ce qui a tenu, ce sont les choses que je n'avais pas besoin de décider. Bouger. Partager. Des évidences dévoilées. Tout le reste, les todo, les contraintes, est passé au second plan, puis à l’arrière plan, puis... Ce n'est pas très flatteur, mais c'est instructif : on apprend ce qui nous appartient vraiment le jour où plus rien ne le soutient.
Le geste économe
Nous avons passé juillet à travailler exactement ça, sans le savoir. Le fil du mois tenait en une intuition simple : on ne démarre jamais de zéro. Rien de vivant, sur cette planète, n'est en poussée constante et continue — tout ce qui tient longtemps alterne, se recharge, garde quelque chose en réserve. Le contrôle n'est donc pas dans la force ajoutée : il est dans la précision de ce qui est nécessaire. >> mélange beaucoup de punchline différente, simplifions pour dessiner un cap clair. J'avais fait des propositions hier ?
Trois terrains pour un seul principe.
L'effort, d'abord. La tension abdominale tenue en chaise, puis déroulée vers les guerriers, la demi-lune, parfois pincha. Non pas serrer davantage, mais maintenir juste ce qu'il faut, assez longtemps pour que le reste puisse s'organiser autour. Le moteur qu'on prépare.
L'équilibre, ensuite, avec le pont et cette poussée qui n'a pas de maximum : trop, on force le bas du dos ; pas assez, on s'écrase. La justesse n'est pas un sommet à atteindre — c'est une oscillation à négocier. On y cherche la complémentarité entre ce qui s'ancre, pousse et soutient, et ce qui s'envole, s'allège et se déploie. Cela demande de sortir de ses réflexes pour se poser des questions plus précises : est-ce que ma hanche s'ouvre en chien à trois pattes par défaut, ou parce que je l'ai décidé ? Est-ce qu'elle entraîne l'épaule avec elle ? Que se passe-t-il si j'ose changer la qualité de mon appui ?
Le repos, enfin — et c'est celui qui m'a le plus appris. On croit que le repos est arrêt. Il est surtout patience. Observez votre dépôt, votre sortie, comme un salut à la pratique dynamique. Savasana est un temps de retrait : on retire les stimuli, on retire le mouvement volontaire. Il demeure bien sûr des événements, en nous et autour de nous — des sons, des pensées, des sensations. On n'essaie ni de les fuir, ni de les rejeter, ni de les juger, ni de s'y attacher. On essaye de se laisser traverser, simplement.
Et une fois qu'on a tout retiré, que reste-t-il ? On n'y répond pas : on l'éprouve. Le souffle, qui n'a jamais eu besoin qu'on le lui commande. Un sol qui porte sans qu'on le lui demande. C'est peu, suffisant, et c'est exactement ce qui tient.
De là vient l'invitation, plus inconfortable : retirer un appui qu'on croyait indispensable, pour voir ce qui reste. Pas par imprudence. Par vérification. Est-ce que ce qu’il reste ne serait pas suffisant ?
Retrancher
Il y a une phrase de Saint-Exupéry qui dit ce mois mieux que moi. Elle est dans Terre des hommes : « Il semble que la perfection soit atteinte non quand il n'y a plus rien à ajouter, mais quand il n'y a plus rien à retrancher. »
Retrancher n'est pas amputer. On ne retire pas ce qui porte : on retire ce qui s'était posé là un jour, et qu'on n'avait jamais rouvert depuis.
Relâcher n'est pas se laisser tomber
C'est le versant repos du mois qui m'a rattrapée. Le demi nœud papillon, puis le twist qu'on déroule, et cette consigne qui a l'air d'un détail : accompagner la descente, ne pas la subir. On croit que le relâchement est le moment où le travail s'arrête ; c'est un travail à part entière, simplement d'une autre nature. Relâcher n'est pas se laisser tomber.
Vu de l'extérieur, pourtant, c'est identique. Un corps immobile. Rien qui se passe. Mes soirées de juillet avaient exactement l'allure du repos. Ce n'en était pas : je n'accompagnais rien, j'avais lâché le fil.
La différence ne se voit pas, elle se sait. Dans l'un, on tient encore quelque chose : le fil de sa propre descente. Dans l'autre, on l'a laissé filer, et on appelle ça du repos parce que ça y ressemble.
Discerner
C'est ici que le discernement devient utile, et je voudrais tout de suite le sortir de la case morale où on le range trop vite. Discerner, ce n'est pas se juger. C'est savoir lequel des deux on est en train de faire. On ne peut choisir qu'entre des choses qu'on a nommées. Il y a des soirs où se laisser tomber est exactement ce qu'il faut : autant le savoir sur le moment, plutôt que de le découvrir un mois plus tard.
Car discerner, au fond, c'est forger la capacité de choisir pour soi.
Non pas choisir bien mais choisir pour soi, ce qui est tout autre chose et bien moins intimidant. Une soirée passée devant une série peut être une décision ; elle peut aussi être ce qui arrive quand on n'en prend aucune. Le même canapé, la même image, et deux vies intérieures qui n'ont rien à voir. Tout le travail est là : récupérer la main, l'intention. Moitessier pourrait en dire un rayon ! C'est un muscle, et comme les autres, il se prépare avant d'avoir à servir.
Pratique minute — le retrait
Allongez-vous. Rien à tenir, rien à corriger.
Retirez ce que vous pouvez retirer : le mouvement volontaire, l'envie d'ajuster, le commentaire sur ce qui se passe. Ce qui reste — les sons de la rue, une pensée, une gêne dans l'épaule — laissez-le traverser. Ni fuite, ni rejet, ni jugement, ni attachement.
Puis demandez-vous ce qui tient encore, maintenant que vous n'y êtes pour rien. Le souffle continue. Le sol porte.
Deux minutes suffisent.
Concrètement : ce qu’on retranche à la rentrée
La Récolte, notre retraite d'automne, devait tenir sur trois nuits. Elle en fera deux : du vendredi 9 octobre en début de soirée au dimanche 11 après-midi, toujours à la Maison la Fugue. Ce n'est pas un renoncement. C'est le même geste que sur le tapis — retirer un appui pour vérifier ce qui tient.
Et ce qui tenait, c'était quoi ? L'intention, le lieu, les personnes déjà embarquées dans l'aventure. Et surtout le temps long d'une pratique qui ne regarde pas l'heure : celui-là est intact, il n'a jamais dépendu du nombre de nuits. Ce qui a sauté, c'est une nuit de plus à financer et un jour de congés à poser — c'est-à-dire, précisément, ce qui vous en tenait plusieurs à distance.
Les conditions s'adaptent : tarif unique 560 €, tout inclus hors transport. Acompte de 200 €, solde avant le 20/09. Et un parrainage : −20 € par personne si vous réservez à plusieurs.
Il y a aussi des appuis que je n'ai pas choisi de retirer. Des créneaux disparaissent du planning de la rentrée, et plutôt que de les laisser filer, je voudrais les rouvrir en mon nom — à commencer par le mardi soir. Je ne sais pas encore si ça tiendra : c'est exactement ce que je vous demande de me dire. Un mot de votre part, et je réserve la salle —> les pré-inscriptions sont ouvertes !
La rentrée obéit donc à la même logique : ce qui revient revient parce que ça tient, et non parce que c'était déjà là l'an dernier. Reprise le dimanche 30 août avec nos cours hebdomadaires en studio, en entreprise, à domicile. Quelque chose se prépare aussi du côté du son, avec Kat et Lan — un projet yin & bain sonore super excitant, j'ai hâte de vous proposer les premières dates ! On cherche d'ailleurs un lieu équipé et spacieux dans le 18ème ou le long de la ligne 4, si vous avez des idées, envoyez-les nous !
Quant au mois d'août : je pars en Chine, et je ne vais pas prétendre y travailler. C'est une pause déjà bien remplie, je compte sur le dépaysement pour accompagner la descente. 🧧